A les écouter, je reconstitue l’activité de M.Gallego ; activité on ne peut plus essentielle à la bonne vie de Navalville : il est le coursier de tous ceux qui n’ont personne à revenir quotidiennement de la ville avec des provisions.
M.Gallego arrive sur la réplacette chaque jour vers 17 heures, portant précautionneusement sur les paumes, un plat recouvert d’un torchon propre. Striguilipi ou un autre de ses enfants ouvre la porte de la cabane et bientôt l’auvent se soulève. Les dames présentes, dont celles qui m’entourent, commencent d’approcher, sans cesser de deviser mais les gamins chargés de mission comme José, collent déjà à la tablette de la buvette. M.Gallego collecte les bouts de papier portant les commandes du lendemain mais quand c’est le tour des dames, il prend note sur un carnet des désirs de chacune d’elles.
Il s’agissait de commandes modestes, presque toujours de viandes qu’on ne pouvait stocker plusieurs jours à l’avance : côtelettes, saucisses, poulets... Pour les pâtes et autres denrées sèches, chacun se devait d’avoir une réserve et pour ce qui est des légumes, ceux qui ne pouvaient cultiver leur parcelle, trouvaient à s’approvisionner auprès de M.Ortega dans son grand jardin. Quant au poisson, cela ne posait pas de problème, chacun avait près de soi un parent ou un voisin pêcheur.
Chaque matin, en compagnie des autres travailleurs, M.Gallego prend le chemin de l’abrupt. En haut de la falaise il retrouve son triporteur solidement enchaîné à un arbre et de là il part pour le marché du quartier Gambetta et parfois pour celui du centre ville.
Les emplettes terminées et les charges réparties entre ses bras et son dos, il revient par le même difficile chemin afin d’être rendu pour onze heures environ. Dès les victuailles préservées dans la grande glacière de la buvette, commence alors la distribution qui n’est jamais rapide : les règlements manquent d’appoint et il faut longuement comptabiliser tout en faisant la conversation à ces dames.
Gallego qui se sait bel homme ne rechigne pas à ces efforts là.
à suivre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires