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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

 

 

 

Les brochettes de M.Gallego

 

 

 

 

                    C’est généralement Striguilipi qui vient en premier ouvrir la buvette et allumer le gril. Afin de répartir l’incandescence il utilise en guise de soufflet le carton d’un vieux calendrier des postes et il le fait vrombir aux endroits où le charbon prend mal.

- J’comprends pas comment on peut laisser ses enfants toucher au feu, s’inquiète à chaque fois le vieux Duchemin, la voix soudain toute basse comme s’il craignait que Gallego ne l’entende.

          Effectivement il ne tarde guère portant son mystérieux plat recouvert du torchon immaculé. D’abord le samedi il y a deux plats dont l’un précautionneusement porté par un autre de ses garçons. En cet équipage, à tous les coups, il déclenche l’ovation des gens installés en bordure de la réplacette. Sous les torchons, ce sont des brochettes qui s’abritent des mouches et de plus elles se dissimulent sous un matelas d’armoise et de menthe crépue.

 

 

porkskewers.jpg

 


          A son autre bras l’arrivant tient les anses d’un fort couffin aux trésors variant suivant les jours : une bouteille d’anisette Gras, 2-anisette-gras.jpg des kémias en cornets de gros papier gris avec des petites olives noires parfumées, des vertes cassées au fenouil, des tramousses, des torraïcos... Somme toute les mêmes amuse-gueules et alcools dont disposent les villageois mais, n’est-ce-pas, la buvette rappelle les cafés du centre ville...Pourtant il est des fois où le couffin recèle un poêlon à couvercle contenant des caracoles, de petits escargots blancs que le cabaretier apprête incomparablement à la sauce piquante et cette kémia là, seule la buvette en propose.

          Des curieux de tous âges viennent lorgner ce que cachent les torchons, ce que contient le couffin mais notre restaurateur ne découvrira ses préparations qu’à l’instant précis où il les portera sur le gril, car en ce temps là nous ne disions pas barbecue. Dans les familles on se servait souvent d’un canoun, fait d’argile séché, en forme de panier rond mais sa taille et son manque de tirage le destinait plutôt a des mijotages qu’à du gril. On s’en servait également pour cuire, juste ce qu’il faut, tomates et poivrons afin de leur ôter facilement la peau. M. Gallego en disposait d’un qu’il utilisait quelquefois en se servant d’une partie de la braise du gril, essentiellement pour réchauffer les caracoles.

 

 

 

4-escargots.jpg

 

          Le gril est tiré d’un bidon de tôle parallélépipédique


bidon.jpg

(pour la forme oui car celui-là ne contient que 2 litres)

 

qui sert au transport des olives et d’un volume de cinquante litres, comme c’est écrit dessus. L’ouverture naturelle sur l’une des petites bases, a conservé son couvercle plat maintenu solidement inséré par quatre ligatures métalliques. Cette base ainsi que celle à l’opposé, sont percées de trous de la taille d’une tramousse qui servent à appeler l’air. Le cabaretier a découpé en H l’une des grandes faces du bidon en repliant la tôle inutile vers l’intérieur, il a ainsi doublé l’épaisseur des parois en cette partie haute, de loin la plus brûlante. Ce repliement évite aussi que les bordures du gril ne soient coupantes.

          Pour cette ouverture en H le bricoleur a confectionné un grillage amovible à l’aide de ressorts de sommier index.jpg

 

que Striguilipi et José passèrent une journée à défriser. Pour couronner,  Gallego confectionna une hotte et son tuyau d’évacuation des fumées qui traversait le plafond de la buvette.

- J’comprends pas comment il n’a pas mis le feu à sa baraque, s’étonne à chaque fois le vieux Duchemin.

          Avec ce gril là, l’allumage ne coûte guère. Par trois tiers superposés depuis le fond on y trouve du sable, des tessons de tuiles pilés et le charbon de bois : il suffit que l’un quelconque des enfants Gallego répartisse une lampée d’alcool à brûler puis jette une allumette enflammée pour que l’engin démarre sans à-coups, malléable à souhait jusqu’à ce que, service fini, le cabaretier éteigne les derniers charbons ardents au filet d’eau d’une gargoulette.

          Parlons maintenant des brochettes et d’abord des supports. Gallego les a fabriqués avec des rayons de roue de vélo, savamment torsadés de façon à ce que les morceaux de viande ne coulissent pas. L’une des extrémités du fer, tordue en point d’interrogation, permet de manier l’ustensile une fois celui-ci posé sur le gril. Quant à la partie consommable, elle est exclusivement constituée de foie ou de coeur de mouton et sur une même tige seulement du coeur ou totalement du foie. Il paraît que là-bas, dans la grande capitale toute blanche, les gens les préfèrent sous forme de saucisses qu’ils appellent merguez Merguez-.JPG  mais chez nous on coupe de tous petits morceaux et on les enfile très serrés sur les tiges de métal, on ne les sale et poivre qu’après que la braise ait saisi la viande.

 

          Au travers des échanges entre les adultes qui m’entourent, je devine que M. Gallego

 

 

 

M.Gallego

 

c’est l’élégance faite homme. Jamais on ne l’a vu arriver à la buvette autrement qu’arborant une chemise éclatante de blancheur et un pantalon sombre aux plis impeccables... Les cheveux, qu’il porte juste ce qu’il faut d’ondulé, tiennent sans excès de gomina. Durant son activité dans la buvette il ne se change pas et se montre si habile, si précis, si délié qu’il repart à la fermeture aussi net qu’en arrivant... Lorsqu’il retire ses brochettes du feu pour les donner à ses clients c’est comme s’il tendait de sanglantes banderilles

banderilles_espagnoles_1.jpg

au public d’une arène... Tant qu’il sert il ne parle pas à ses amis qui passent commande à l’aide de signes des doigts, un peu comme les marchands de poissons à la criée de La Calère ; tant qu’il sert il ne boit ni ne mange... Il est la sobriété même, dans son comportement, dans son allure... Comment a-t-il pu faire huit enfants à sa femme !

          Le premier fumet de viande grillée qui se répand provoque, généralement une pause dans les bruits et les conversations de la réplacette.

 

 

 

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

 

 

La pêche du dynamiteur

 

 

 

C’est à cet instant que je vois le sommet du rocher abrupt s’élever de la stature d’un homme …


Il était nu sinon un vague tissu lui ceignant les reins ; vieux, car pour moi à partir de quelques poils blancs on est forcément vieux ; arabe parce qu’il en était ainsi.

 

          L’homme tenait quelque chose dans les mains et, visiblement, du regard, cherchait où la lancer. Effectivement il s’arc-bouta soudain et propulsa un petit ananas gris bien loin devant lui.

Sur le moment il n’y eut rien d’autre que le « plouf » du petit ananas et dans le silence qui suivit, au point d’impact, s’éleva un geyser d’un mètre de haut qui retomba et s’effaça aussitôt.

Ce n’est qu’après que mes pieds ressentirent un léger tremblement du sable de la plage. Là-bas, depuis l’emplacement du geyser dont il ne restait qu’un amas de mousse, des vaguelettes s’éloignaient en auréoles concentriques.

Un peu plus au loin, José pêchait dans la pastéra de Riqué ; ce dernier remonta l’ancre puis entreprit de se rapprocher.

 

          L’homme se laissa glisser du rocher dans l’eau puis, d’un nage de chien efficace, il rejoignit l’endroit de l’implosion.

          Là, se tenant verticalement, il tournait sur lui-même cherchant à voir des proies de taille convenables mais il ne s’en trouvait guère et bientôt il revint, toujours avec sa nage de chien. Quand il se redressa dans la crique, seules deux oblades, certes de belle taille, pendaient à son côté.

          Il se dirigea vers des vêtements disposés en un petit tas au bord du sentier puis s’en alla en direction de Navalville. Kader qui accourait aux nouvelles, le dévisagea mais en me rejoignant, il témoigna :

- Ji jamais vu !!

 

Mes copains par contre s’en donnaient à cœur joie.

          Tandis que Riqué ramait doucement, Tarambana à l’aide du salabre tamisait la surface et lorsqu’il le relevait, d’où je me trouvais je pouvais apercevoir une poche grouillante parcourue d’éclats d’argent.

 

 

xcxc.jpg


          Il s’agissait de tous petits poissons que faute de nom nous appelions friture mais qu’en d’autres lieux on nomme éperlan. Quand dans des occasions comme celle-ci il s’en prenait de grandes quantités, on pouvait être certain qu’à l’apéritif du soir sur la Réplacette, M.Gallego en ferait frire une grande bassine, tellement rissolés qu’on mangeait tout de la tête à la queue, écailles et tripaille comprises.

 

          Ces poissons, trop infimes pour mériter d’être péchés un à un, évoluaient avec un ensemble impeccable au sein de leur banc et de loin, leurs évolutions avaient pu leurrer l’arabe à la dynamite. Parlons-en d’ailleurs de la dynamite ! Elle fera l’objet d’une controverse telle que des années plus tard on la remettait sur le tapis.

 

En tant que principal et unique spectateur, je prétendais qu’il s’agissait d’un petit ananas gris et qu’on l’appelle dynamite ou autrement cela m’était égal. Striguilipi qui n’avait rien vu mais dont les connaissances scientifiques résultaient de quelques films de cow-boys entraperçus, vu le nombre de pannes, au cinéma Plaza d’Eckmuhl, soutenait que j’avais mal vu :

-        Dans « Le dernier des Fédérés »,


 

Lone-Masked-Men.GIF

 

le Jeune Homme quand les bandits attaquent, il leur jette des paquets de dynamite que lui allume son fidèle « Tonto » …

-        - L’arabe il a rien allumé, protestai-je

-        - Peut-être, vint à la rescousse son compère Momo, il avait un mégot à la bouche et tia rien vu …

Le spécialiste reprit posément :

-        La dynamite c’est des bâtons, longs comme une main écartée et on en attache 5 ou 6 ensemble pour avoir plus d’effet ; c’est ce paquet que tu as confondu avec un ananas … Quand tu vois le Jeune Homme les lancer, ça explose aussitôt même quand les bandits ils essaient de le contourner par le rio ; même dans l’eau ça pète !

 

Certain d’avoir imposé ses vues Striquilipi ausculta l’auditoire mais Riqué arrivant donna un point de vue qui ne résolut rien :

-        Je crois qu’il s’agit d’une grenade défensive mais comme je n’en ai jamais vue, l’un ou l’autre vous pouvez avoir raison…

En ce qui me concernait, une grenade ça ressemblait plus à mon ananas qu’un paquet de bâtons

 


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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

 

 

 

« LES CART'LETTES ou LA TCHAPA »

 

-      Cara!

-      Cara!

                    Tout m'inquiétait dans cet adversaire, du visage impassible à l'attitude comme détachée du jeu. Cela ne signifiait pas la certitude de sa supériorité mais plutôt l’assurance du loup qui accepte de jouer avec l'agneau.

-      Crouss !

-       Crouss !

          J'étais du quartier, mais il ne me connaissait pas. Il m'imaginait sans doute issu des beaux immeubles de la rue d'Arzew. Ma rue Pélissier était pourtant une des passerelles jetées entre celle de la Bastille, habitat des gosses pauvres, et le grand boulevard qui en hébergeait de plus aisés.

 

-      Crouss !

-      Cara!

          Seulement, au lieu de fréquenter l'école Jules Renard comme tous les gosses du quartier, j'allais à Notre-Dame.

-      D'à deux ou d'à trois!

- D'à trois.              

          Sa réputation de « dur» ne me fut connue que bien des années plus tord. Malgré son aspect malingre, il possédait une force étonnante et, aîné d'une lignée de puncheurs, je crois même que lui ou l'un de ses frères représenta la France à des Jeux Olympiques. Pour l'heure, gamin encore plus maigre que moi, il ne prenait même pas la peine de disposer astucieusement les cart'Iettes sur le bord du trottoir. Les cartelettes (ou carticas)?..., des enveloppes de boîtes d'allumettes dont on n'utilisait que la face portant l'image.

 

 

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          Je pris soin de frapper latéralement pour souffler le plus d'air possible sous le tas mal disposé. Trois carticas se retournèrent, une autre tomba dans le caniveau.

 

          Le jeu consiste, pour les adversaires assis face à face sur la bordure du trottoir, en frappant à tour de rôle du plat de la main, à faire retourner les cart'Iettes disposées images contre terre. Toute image retournée est acquise, la cart'Iette qui tombe dans le caniveau est « barakette » et se rejoue. En trois coups j'avais tout raflé.

 

          Imperturbable, l'autre tira, d’un vieux portefeuille qu'il mit ostensiblement beaucoup de temps à ouvrir, une merveilleuse vignette rouge et or. Depuis quelque temps je savais qu'il en existait, apportées de très loin par ces soldats qu'on voyait encore peu et dont les sombres navires encombraient la rade. Jusqu'alors nous n'utilisions que les« Jockeys »,

 

 

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image unique de nos boîtes d'allumettes. Parfois apparaissaient, et toujours dans des mains malhabiles, quelques raretés comme les « Casques d'or» et nous n'hésitions pas à proposer jusqu'à dix « Jockeys» pour les jouer. Je possédais plusieurs «Casques d'or»

 

 

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précieusement serrés par un élastique et enfouis dons la poche arrière de ma culotte.

          Lorsqu'il me présenta négligemment sa merveille, une « Safety Matches» qui, visiblement, n'avait jamais servi,

 

 

 

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je me sentis brusquement angoissé. Allait-il vraiment accepter de la mettre en jeu? J'étais sûr de la gagner tellement il jouait mal. Je fis un gros effort pour prendre un ton dégagé

-      Je te la joue d'à dix!

-      D'à vingt.

          La transaction s'engagea. C’était pour la forme car j'étais bien décidé à accepter n'importe quel prix. A ma surprise il accepta immédiatement ma seconde proposition: « d'à douze ». La façon d'agir du garçon, ce non-respect des rites, du cérémonial, me déroutaient.

-      Crouss !

          Afin de savoir qui frappera en premier, il faut « estrimer », c'est à dire, après avoir maintenu la cartelette coincée par les tranches entre le pouce et le majeur, de la projeter en l'air en la faisant virevolter. Si elle tombe image contre terre, c'est Crouss, sinon c'est Cara et on a gagné l'entame.

-      Cara!

-      Crouss !

          C'était à lui de débuter. Je pris soin de disposer les treize vignettes suivant une technique en étoile qui m'avait toujours réussi; la précieuse étant bien entendu enterrée sous les jockeys. Nous commençâmes à jouer.

 

          Peu m'importaient les jockeys que le grand battoir de l'autre faisait voler. Très vite, sous les coups, le verso de l'objet de ma convoitise apparut. Prenant soin de frapper mollement pour ne pas compromettre l'agencement des cartelettes, j'attendis l'erreur. Elle ne tarda pas. Grisé Sans doute par fa facilité avec laquelle il accumulait les jockeys, mon adversaire tenta le «grand coup ». Il cracha dans sa main pour en humecter soigneusement la paume, creusa un peu la main de façon à faire ventouse et frappa très fort. Comme je le prévoyais, il ne réussit qu'à dégager la « Safety Matches ».

          L'occasion délicieusement et douloureusement attendue était arrivée. La cartelette isolée offrait un coup aisé mais je ne me sentais pas le droit de la gagner facilement. Je décidais de tenter une frappe tout en douceur et en appel d'air qui avait pour effet de soulever lentement la carte, de la faire hésiter une merveilleuse éternité sur la tranche puis de la faire basculer moelleusement sur l'autre face. J'étais heureux, sûr de moi et, en effet, je réussis ma frappe. L'esprit vide, ne sentant plus ma main meurtrie, je n'osais toucher ma «belle ». L'autre me ramena durement à la réalité.

-      Je te la rejoue d'à huit.

                    C'était impératif, indiscutable.

-      Cara!

-      Crouss !

               Quatre fois je regagnais la « Safety Matches» acceptant les offres, impératives mais de plus en plus dérisoires, de mon adversaire. Puis par trois fois je fis la mise, geste généreux qui consiste à remettre en jeu, gratuitement, quelques cartes afin de donner une dernière chance au perdant.

 

          Par la seule volonté de son regard, sans élever la voix, l’autre me contraignait à rejouer mes gains. L'heure passait, j'étais en retard, je frappais comme dans un rêve mais ma main, trop habile, ne me permettait pas de perdre. Dans mon hébétude je sentis plutôt que je ne vis la présence amie. Je redressais la tête. Mon regard remonta deux jambes maigres, s'attarda sur les salissures familières d'une robe et distingua enfin, en haut, le visage d'Amélia, la grande sœur de mon ami Toinou. Lut-elle dans mon regard l'affolement et la détresse qui m'habitait?

-      José ! Que ta mère elle te cherche...et qu'elle est en train de venir.

          Me détendant comme un ressort trop fortement et trop longtemps bandé, je harponnai ma sacoche, grommelai je ne sais quoi et m'enfuis laissant Amélia neutraliser l'inquiétant gamin.

 


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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

 

 

 

Des vers à soie dans une boîte à chaussure...


 

 

Après 1945, le terme de JOUET n'évoquait guère pour la plupart des gamins mais nous nous créions des distractions particulièrement distrayantes dont la contemplation d'un univers de vers(!) à soie dans une boîte en carton ayant préalablement contenu des chaussures...

 

L'aventure commençait généralement par l'obtention, voire l'achat de quelques uns de ces vers - pour lesquels j'utiliserai parfois les noms locaux: couco, goussano - obtenus déjà à l'état adulte ...

 

 

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La distraction est purement contemplative, je m'en souviendrai plus tard en voyant le jardin zen d'un temple japonais ... C'est une véritable fascination que de voir la façon dont ces animaux se repaissent, sans le moindre relâchement, des feuilles de mûrier qu'on leur distribue chichement ...

 

... Car vite se précise le cauchemar de l'alimentation ... Les mûriers de l'ère industrielle, celle où la soie naturelle était reine, ont presque tous été emportés par la maladie et les quelques qui subsistent sont saccagés par les éleveurs amateurs au point de n'offrir plus que des moignons ...Le plus souvent il faut passer par des dealers ou bien alors découvrir un ersatz de nourriture...

 

Ce fut mon cas car je ne disposais pas des moyens financiers et je me rabattais sur les chutes de laitues au pied des étals de la rue de la Bastille ...

 

 

Mes coucos grossissaient allègrement sous leur robe blanche rebondie ... Je disposais de quelques exemplaires annelés de bruns qui se portaient tout aussi bien ...

 

 

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Un matin, avant de partir en classe, je jetais un regard à ma boîte et constatais, qu'au lieu de manger, mes goussanos, dans les encoignures de carton, se livraient à des contorsions bizarres, comme  s'ils priaient en se prosternant parfois ... Je finis par distinguer que chacun exsudait un infime fil brillant qu'il apposait aux parois de la boîte, tissant une toile derrière laquelle il s'enfermait ... En rentrant le soir, les cocons avaient pris forme et certains dissimulaient déjà le corps du ver ...

 

 

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Sous les 48 heurs ma boîte devint un désert parsemé de petits ballons blancs ou jaunâtres ... J'oubliais ma boîte morte en haut d'une armoire sans même avoir posé le couvercle...

 

Un soir, rentrant d'une séance cinéma nocturne, je vis dans ma chambre des petites bêtes qui ne volaient pas mais marchaient en agitant frénétiquement les ailes : c'étaient les papillons de mes vers à soie qui s'étaient extirpés de leurs cocons ...

 

 

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...Ils ne tardèrent pas à s'accoupler

 

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... puis pondirent leurs oeufs

 

 

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... d'où sortirent des vers minuscules et velus ...

 

 

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... qui se mirent aussitôt à manger, manger ... grandir, grandir ...


Il fallut bientôt associer d'autres boîtes à chaussures mais cela ne suffisait pas...

 

 

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Que faire ?


Un de mes copains qui habitait rue de la Mina, éleveur en gros avec son père, prétendait qu'avant qu'ils ne fassent leurs cocons, il les plongait quelques jours dans un bain de vinaigre ... Il suffisait ensuite d'écarter ce quil restait de chair pour récupérer un fragment de fil résistant et discret, excellent pour les bas de ligne de pêche ...

Hors de question! ... Pourtant le nylon n'était pas encore né ...

 

Je réussis bien à en commercialiser quelques uns dans l'épicerie de ma grand mère mais, ce fut finalement de les donner qui m'en débarassa ...

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

 

 

 

La cage-attrape des chardonnerets

 

 

 

    La cage ... Que je vous dise d'abord comment c'est une cage à chardonnerets.

    Certains vont l'acheter à de petits artisans qui viennent rue de la Bastille

 

 

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et exposent quelques exemplaires à même le trottoir. Mais la plupart des gens la fabriquent eux-mêmes ; les hommes en rentrant du travail ils adorent les bricoler et Dieu sait si c'est délicat ...
Quand je vois les énormes mains de Pépico ! ... Mais il m'avais déjà épaté quand il maniait des nylons et des hameçons imperceptibles ...

    La cage donc, elle a toujours les mêmes dimensions, très exactement car se sont des dimensions magiques pour que les oiseaux soient heureux: 10, 15 et 20centimètres. Le plancher c'est du zinc qui, par un coulissemen en dessous, se place ou se retire pour le nettoyage.Sur le côté il y a une porte que c'est à peine si moi je passe la main et dedans on installe une balançoire et deux coupelles, pour l'eau et le millet.

 

 

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Quand c'est une personne comme Mme Villanova qui a un chardonneret, en plus du millet qui surcharge le plancher, il y a des morceux d'os de seiche, coincés entre les barreaux, soi-disant pour que l'oiseau "se fasse le bec". Moi à Titiou qui adorait, de temps en temps je glissais dans sa cage une touffe d'une mauvaise herbe en graines appelée séneçon.
    C'est en une de ces occasion que Titiou s'est échappé ... Je l'ai vu faire une grande boucle dans le soleil puis revenir se poser sur la table de la véranda, à côté de moi, pour que je le remette dans la cage.
    Quel "sousto" j'ai eu ce jour là ! Que si moi je l'aime le Titiou, Janette n'est pas en reste ... Et Pépico qui en rentrant du travail, la première chose qu'il fait c'est d'aller à la cage et que, des lèvres, je t'envoie des petits bisous à l'oiseau !

 

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    La cage attrape c'est du même modèle sauf qu'il n'y a pas de plancher sous le grillage, qu'au lieu de la balançoire et des coupelles on a un petit tremplin fixé au fond et que la porte est sur le dessus, maintenue ouverte par un bâtonnet qui va s'appuyer sur le tremplin....
La cage attape est généralement placée sur le dessus de la cage contenant l'appelant ... Qu'un oiseau veuille s'introduire dans la cage attrape, obligatoirement il saute sur le tremplin et à tous coups le bâtonnet glisse et la porte claque au-dessus de l'intrus.

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

 

 

Agua ! Agua !


 

 

Environ une fois chaque semaine, dans chaque rue de la ville à tour de rôle, on entendait la proclamation: "agua!agua!" qui annonçait le passage du marchand d'eau douce car celle du robinet était franchement saumâtre... L'équipage se présentait comme suit :

...une mule, ou plus souvent bourricot, tirant une carriole débordant de grosses bonbonnes de verre protégées par leurs bandages d'alfa...Le marchand se rangeait au mieux près du trottoir et des portes cochères voisines arrivaient des femmes mais surtout des enfants, qui portant un faitout,qui une petite bonbonne...Moi c'était une bonbonne de 5l et le pourvoyeur me tendait un gros entonnoir cabossé que je tenais ferme et droit dans le goulot de mon récipient...tandis qu'il saisissait une de ses grosses bonbonnes pour me verser le précieux liquide...

 

...J'admirais sa force et sa précision...Combien pouvaient-ils être de marchands pour une aussi grande ville qu'Oran ?...Au moins une douzaine si l'on pense au temps nécessaire pour remplir les récipients des clients...

C'est vrai que tout le monde n'achetait pas d'eau douce et d'ailleurs à quoi servait-elle? Certainement pas comme boisson quotidienne car il en aurait fallu tellement plus ... Ma brodeuse de mère qui avait les yeux fatigués se faisait des bains d'eau tiède...Les rares fois où elle achetait un quart de beurre à la motte, l'eau douce nous tenait lieu de glacière...J'en suis moins sûr mais je crois qu'elle mettait à tremper les haricots secs...Il me semble aussi que Pépico la préférait pour l'anisette mais pour le café, pas question, au point que plus tard lorsque l'eau douce sera au robinet, il rajoutera une pincée de sel dans sa tasse...

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00



"Tchoumbo ! "





C'est ainsi qu'à Ardaillon nous surnommions Maurice Sarfati, notre prof. de physique chimie, parce qu'il était petit et avait la silhouette d'un baril.

Tchoumbo c'était avant tout le fruit d'un cactus largement répandu qu'on désignait aussi sous les noms de "higo de palla " ou encore figue de barbarie ... Encore que cette dernière désignation soit impropre puisque le berceau naturel de cette plante est le Mexique et non l'Algérie ...Ou elle est d'ailleurs largement répandue, surtout autour des mechtas qu'elle entourait d'une barrière inexpugnable ...

Ce petit baril a l'épaisse écorce ponctuée de touffettes de fines aiguilles qui, à l'instar de l'aiguillon des abeilles, s'ingénient à se planter dans la main qui s'aventure à les toucher ... Mieux vaut laisser l'écorçage aux doigts du vendeur de rue qui saura vous présenter le fruit sans risques ...




Dire qu'il en est à aimer manger ça ! ...

Pour en revenir à Maurice Sarfati, c'était un homme qui ne parlait pratiquement pas, il se tournait aussitôt face à son tableau et écrivait, écrivait ... Apparemment pour son seul plaisir ... Quand le brouhaha de nos turpitudes parvenait jusqu'à lui, il nous faisait face et d'un air entendu lâchait ces mots, toujours les mêmes:
" Alors quoi !... Bon! "
...Puis il retournait à ses écritures...
Il ne réussissait pas les expériences de chimie qu'il nous présentait aussi avait-il choisi d'en attendre le terme avant des les commenter ... Pardon, il en commentait une qui réussissait à tous coups: il s'agissait de copeaux de cuivre qu'on mélangeait à de l'acide et qui donnaient des vapeurs rousses, du péroxyde d'azote je crois ...
Je l'ai revu une dernière fois à Lamoricière où il a terminé sa carrière et où je faisais un court remplacement; il n'avait pas changé: toujours amène et bienveillant, toujours aussi peu loquace ... toujours aussi tchoumbo.

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00



Nous appelions " Bezougue " tel qui avait tendance à respirer en permanence par la bouche, rappelant le poisson rouge collé à la vitre de son bocal ... C'était un peu péjoratif car ça recouvrait souvent, une difficulté à respirer mais parfois, se comportait ainsi celui qui avait la flemme de se moucher (ne pas confondre avec le mokosso dont le nez ne cesse de couler)...



Sinon le bézougue est un poisson allongé comme la grosse bogue


mais n'en a pas l'inconvénient de se vider dès qu'on le prend en mains; il se pêche plutôt en barque, à la tombée du jour, plutôt qu'à la côte.
En fait il ressemble à un clone du pageot, un peu moins large, avec des nuances du merveilleux lilas qui colore le pageot ... Il est presque aussi délicieux à manger que ce dernier.

Déposé dans le panier au fond de la barque, il va rester longtemps à haleter comme un " Bézougo"...
Et maintenant que nous disent les spécialistes ?

... ils l'appellent "beaux yeux " et pour le différencier voici aussi l'image du pageot




ainsi que celle de la bogue:


Lorsqu'à 10 mètres sous la "pastéra" ou le "boté" arrive le banc des bezougues, les palangrottes semblent électrisées et ceux qui les remontent tout autant ... Il faut faire vite avant que le banc ne passe ... Malgré leur défense énergique, par deux, par trois les poissons sont engloutis par le ventre de la barque ...

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:00

 

 

 

 Une odeur de soufre!

 

 

 

On ne va pas parler des soufre-douleurs...encore que...

Encore que mon cousin Georgeot en était un mais saouar si c'était parce qu'on le faisait soufrir ou bien pour l'inverse ?

Deux mots encore sur Georgeot qui le mérite bien, reposant comme il l'est dans ce Lézignan-Corbillard.

 

La sage-femme manquait de doigté au point qu'elle lui tordit définitivement un bras ... et un manchot chez nous ça ne pardonne pas... moins qu'un tartajosso ou qu'un biscoucou, bien sûr...car l'autre bras il peut cogner !


C'est ce qui se produisit avec Georgeot et même mieux encore : il devint mahousse mais vraiment mahousse au point que d'une boffeta, il envoyait un pion s'écraser à dix mètres ... disons cinq mais l'ennui : aux pieds de l'abbé Garcia directeur de ND de France. Prudent l'abbé maintenait l'illusoire protection des quelques marches de la cour haute, il avait trop tard entendu dire que j'étais le cousin de king kong ... alors qu'à quelques jours de là il m'avait fouetté ( eh oui - n'en déplaise aux idôlatres - l'abbé Garcia m'avait fouetté et déchiré le bas du pantalon golfe que maman venait de tailler dans un vieux coupon acheté rue des Juifs ... Le prétexte : un bon élève ne commet pas de fautes à la dictée !!!

J'avais rien dis à Georges... A force de me défendre j'avais plus un seul copain de ma taille, à force de me faire gagner - en particulier grâce à son soufre magique -, plus personne ne jouait avec moi.

 


"As-tu vu l'nouveau pion, pio pion pion ?

 

 

 

... il en a pris plein la calbasse pion pion pion ..."

 

C'est sur l'air cher à Noël Noël dans la Cage aux Rossignols, que nous fredonnions tous alors, que la farce a continué ... Que le drame s'est poursuivi, devrais-je dire.

 

Sans bouger de son perchoir l'abbé, du menton fait signe, aux quatre surveillants regroupés à ses pieds, de s'emparer du trublion ... Un pion esquisse un pas, que déjà le Georgeot s'envole ... S'activant des mains et des cuisses il s'éleve le long d'une des colonnes supportant, alors, le dortoir ... déjà il est à plus de deux mètres.

 

Ce pion esquisseur était nouveau, un biscoucou ...Fort de l'appui de l'autorité moral qu'il sent derrière lui, il dit à ses collègues:

- Aidez moi donc!


Déjà il se retrouvait à près d'un mètre cinquante ... Lui aussi s'activa des pieds et des cuisses et bientôt parvint à portée de saisir la cheville de mon cousin ... mais c'est son pied violemment propulsé qu'il reçut en pleine tronche ...

... vous savez-bien  que "biscoucou" signifie  qu'on porte des lunettes ? ... Vous savez aussi qu'en ces temps là le plastique n'existait pas et que les verres des lunettes étaient ... en Verre !

 

Heureusement le corps du pion a coulissé le long du poteau et c'aurait été encore moins grave si ses copains avaient tenté d'amortir la chute ... Toujours figé sur son blockhaus, l'abbé épiait une éventuelle descente de Georgeot ... L'autre hurlait comme un putois, encore que le putois n'existe pas en oranie ... je le saurais.

 

Ce qui n'existait pas non plus c'est le SAMU, nous avions notre bonne grosse et blanche d'infirmière qui, par sixième sens interposé, rappliquait avec sa mallette

en fer blanc  ... d'une cornée elle extraya une étoile sanglante (petite licence pour rappeler qu'étoile se dit "estrella" ) ...

 

La suite est bénine: le téléphone arabe l'ayant alerté, ma tante arriva, défaite de traits et dans son habillement.. Mon cousin coulissa le long de son poteau et se précipita vers elle et bloquer ce pan de blouse qui laissait entrevoir une cuisse ... Très vite ils s'en allèrent.

 

Georgeot fut renvoyé mais avant de quitter la cour il adressa à l'homme en noir un signe que les égorgeurs de moutons du Village Nègre auraient pu apprécier ...

 

Je n'ai plus eu d'ennuis mais revenons à notre soufre.

 

(il s'agit là d'un récit de fiction, tacitement entretenu par Georges et moi-même au cours des ans, au point d'en être "plus vrai que vrai").

 

 

... dassin le tas!

 

N'entendez surtout pas dans ces hurlements une quelconque alarme prévenant l'arrivée d'assassins, voire de spadassins, décidés à s'emparer de nos trésors ... Non, la petite merde jetée sur le trottoir, qui hurle comme un putois, nous invite à dépenser nos pignols à tirer son tas plutôt que celui du voisin, moyennant un noyau de plus en cas de succés: on remporte le tas de quatre plus le pignol vainqueur ... ce qui fait: " le tas d'à cinq, le tas d'à cinq ... d'à cinq le tas"!!!

 

J'aurais du vous prévenir qu'on entre en pignol comme en religion mais sans foi ni loi ... Comme vous verrez ...

Commençons par le début, comme j'aurais du faire si ce p... de putois ne hurlait pas si fort ... Heureusement qu'à Oran ya pas de putois.

 

De vous avoir entraîné dans les méandres de ma déliquessence mentale était le seul moyen de vous permettre d'entrer dans le monde des pignols tout comme Harry Potter s'engouffrant dans un pilier de la gare: un pignol est le noyau d'un abricot !

 

On commence à les stocker avec le printemps... à les nettoyer, les sécher, les limer pour effacer les aspérités mais aussi éliminer les creux dont l'amande est desséchée, réviser les petits sacs de jute qui engrangeront nos butins ... Quand au coeur du fruit savoureux on met à jour une Mère, il faut l'avoir totalement apprêtée pour savoir si elle sera notre championne pour la saison ... que d'angoisses ensuite pour la protéger  ... ou la reconquérir.

La petite chose par terre a disposé trois pignols en triangle chapeauté d'un quatrième ... il a la prétention d'imposer à partir d'où l'on pourra tirer ... Il n'avait pas aperçu Georgeot qui arrivait ...

 

 

 

 

 

 La Mère Pignol


 

N'allez pas imaginerqu'il s'agisse là d'une cantinière des troupes napoléonnienne en déroute ou encore de la serveuse complice de Fanny et Marius ... C'est un noyau d'abricot considérablement plus gros que les autres  ... que l'on a parfois la chance de découvrir sous une peau anodine ... ou encore qu'on a gagné de haute lutte dans les combats quotidiens ...Dans ces cas là on les découvre bichonnées, pinturlurées car elle aura été la chevalière servante de son propriétaire, en même temps que le (la) Hérault , enlevant les gains après chaque défi sous la face hilare de son maître qui se contente d'empocher les pignols.

 

Mais alors la tête qui fait cui là quand il perd sa Mère !!! ...Car il peut malgré tout la perdre, surtout quand c'est au tour de Georgeot, approché en catimini, de jouer !

 

Un trait au sol à 1 mètre d'un mur ... En retrait de 5cm le propriétaire de la Mère dispose celle-ci verticalement sur sa partie la plus pointue ... S'il pouvait avec les dents creuser le bitume pour mieux enfoncer le pignol, qu'il le ferait le bouseux !!




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Published by José - dans oran jadis
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:00

 

 

La maison close de la Cressonnière

 

 

 

A Ardaillon, les jeudi après midi pour les collés restés emprisonnés, il y avait, dès le début de l'après midi, un spectacle délicat et sans cesse renouvelé, depuis les salles des classes donnant sur le bd Paul Doumer ...

 

Il s'agissait de dames, plutôt jeunes et bien vêtues qui par groupes de trois ou quatre, jamais plus, semblaient apprécier de se promener au grand air ... En fait elles arrivaient en taxi, se faisaient déposer à la hauteur du musée Demaeght et rejoignaient ensuite, un peu plus haut que notre Lycée, le laboratoire du Dispensaire où on leur refaisait une virginité ... médicale!

 

 

 

La visite terminée, les taxis renmènent ces élégantes vers le leur lieu d résidence et le plus souvent de travail aussi ...

Un gros contingent va rejoindre ces rues en pente reliant la Place d'Armes à la Marine comme la rue de l'aqueduc (à droite sur la photo) ...

 

 

 

ou la rue de Friedland rendue aujourd'hui inaccessible par l'accumulation des immondices.

 

 

Dans ces rues là, les dames logeaient dans des chambrettes mises aimablement à leur disposition par de jeunes hommes maigres, à la fine moustache, au foulard serrant le cou ... ou bien elles vivaient à plusieurs dans un appartement régi par une ancienne, la Mère Maquerelle, comme l'inoubliable Rosette de la rue Friedland.

 

Aujourd'hui, paraît-il, ces dames "péripathétisent" autour de la Place d'Armes ou bien, tout comme en Europe, "stabulent" dans des studios avec téléphone et ordinateur quand ce n'est pas dans des salons de massage ou des clubs discrets.


 

 

En d'autres endroits de la ville, dans les quartiers, existaient des petits boxons que l'on pourrait qualifier d'artisanaux ... Tel celui de Gambetta qui se blotissais dans une des petites rues jouxtant l'avenue des falaises. Minuscule habitation qui devait retrouver, hors la nuit, sa destination première ... Quelques mètres carrés de cour cimentée puis dès la porte un petit corridor avec, à droite une chambre d'ébats, anonyme et, pour sûr, à utilisatrices multiples ... et à gauche la pièce d'accueil, modeste et étriquée avec, jamais plus de deux hôtesses qui pouvaient jouer les serveuses en B.A.O si vous aviez soif ... Un engagement scellé, c'est dans le corridor que se réglaient les aspects financiers.

 

 

 

Et puis il y eut la maison close de la Cressonnière!

Mais d'abord situons celà ... Sur la photo ancienne ci-dessous ...

 

 

Captureyuio.JPG

 

 

...la vaste pente au centre correspondait à la cressonnière.A l'époque qui nous intéresse, c'est-à-dire dans les années 50, sa surface s'était réduite comme peau de chagrin avec le prolongement du Front de Mer.

La maison close était fichée au mitan de la pente des glaises, telle une échauguette surveillant la rade ... Je ne peux envisager que la construction située en bas à gauche, après les soutènements de la nouvelle rue du Port, puisse être le site de l'ancêtre de la maison close mais c'était bien le même type d'implantation ...Comme je ne peux imaginer qu'en descendant les sentiers qui parte de ce site,

 

 

 

on aboutisse, avant la construction de cette partie du port,à la célèbre "playical'nabos" augure,s'il en est, de la Maison Close à s'installer plus haut.

 

 

 

 

 C'est quand j'eus atteint cet âge inéfinissable entre "p'tit con" et "jeune chien", qu'un de mes amis juif se mit en tête de mettre à mort mon pucelage ... Car, qu'on se dise bien qu'en ce temps là il était peu aisé d'y parvenir sans aide ...

 

Nous laissant guider par la sinueuse rue de la Mina, mon copain Jacky et moi débouchâmes en face des silos du port ...

 

FM-a--08--Bd-Front-de-mer.jpg

 

 

Plus bas , sur la pente des glaises s'élevait une maisonnette d'un étage, complètement isolée, que je n'avais pas remarqué jusqu'ici ... Un cheminement de sentiers et d'escaliers en fer la reliait à la rue de la Mina.

 

La porte s'ouvrit sur une grande et unique pièce avec tables, chaises et ,déjà, plein de clients ... En face, un long bar surplombé par un escalier rectiligne qui montait à l'étage ...

 

Certains prétendaient que le boxon appartenait à un de ces grands juifs à gabardine dont Roger Hanin popularisait la silhouette à cette époque au cinema ... Jacky qui savait tout:

" Mais non, c'est un corse du nom de C. ... D'ailleurs il vient d'arriver, regarde près de la porte..."

 

Balaise pour sûr mais pas si grand que çà ... avec l'air le plus avenant du monde ... aucun risque de confusion avec Hanin... Chaque année il accepte d'être parrain d'un ou deux lardons acccouchés par des protégées et il en a même adpoté une qui a maintenant 16 ans et lui cause bien du souci ...

 

Passant devant notre table, petit salut amical à mon copain: " Jacky ! ... il a bien l'âge ton ami ?????"... et il passe.

 

C'est alors qu'une vaste et grasse main me saisit par le col : la Mère M., une immense blondasse aux lèvres comme des entrecôtes: "Viens avec moi Pingouin que je te réchauffe ..."

Après le passage obligé par le bar, nous voici au milieu du grand escalier quand la blondasse s'arrête et minaude :

" As-tu pensé à mon p'tit cadeau ?

La honte !!! ...dans mon vieux porte-monnaie ne subsiste que de la mitraille ...

Elle s'en saisit puis se tourne, hilare, vers la salle à ses pieds:

"Un napalm ! J'ai dégotté un napalm ! s'exclaffe-t-elle hilare.

La pauvre voulait dire "nabab" mais c'est vrai qu'en cette fin de présence des US au viet nam, le nom de cette arme s'entendait souvent.

 

Quant à la suite de l'histoire, comme le dirait aujourd'hui un personnage contemporain: "Cela relève du domaine privé !".

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

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