Sortant d'Aïn el Turck on trouvait donc les dunes puis le

village de Cap Falcon avec sa plage puis le cap proprement dit.

C'est sur cette plage, depuis le sable où je m'étais enfoui, grelottant de froid après un bain prolongé, que j'ai vu " la plus belle " !
Entendons-nous, " la plus belle " de ce temps là ; elle devait être la n°4 ou 5 en excluant mes amours de Maternelle.
Seize ans peut-être, une longue traîne de cheveux sablés, un visage ravissant quoiqu'encore enfantin et un corps qui lui ne l'était pas.Dans un mètre d'eau elle faisait une ronde avec trois petits et vas-y que je capoussone pour se redresser en bougie ... Les jambes aussi étaient parfaites.
Je l'ai revue quelques années plus tard, toujours d'enfants agglutinée mais c'étaient visiblement les siens : à un bras, à une main, le dernier poussant sa poussette ... Elle avait un peu épaissi de partout et ne méritait plus d'être " la plus belle "; d'ailleurs je l'avais déclassée depuis longtemps.
Mais c'est surtout le Cap qui m'intéressait, versant oriental où la profondeur gagnait rapidement et particulièrement poissonneux. Il y avait là une partie fixe d'un filet madrague

et je n'avais aucune peine à imaginer le banc des thons rouges se pressant de rejoindre la chambre de mort ...
même si je devais me contenter de tirer une badèche qui se reposait sur l'une des mailles du filet.
Sur ces rochers pentus s'accrochaient quelques cabanons et le plus surprenant était celui d'un copain de lycée Follana , un garçon de St Eugène qui avait la voix aussi basse que la basse du groupe des Platters. La véranda surplombait le vide tandis qu'en arrière, un trou dans la paroi rocheuse abritait le bateau : un jeu de poutres, de poulies et de chaînes permettait d'amener l'embarcation au-dessus du vide puis de la déposer sur l'eau... Et inversement.
La soirée d'un jour où nous étions venus pêcher, nous nous trouvions sur la véranda à regarder les étoiles, recueillis, quand Follana nous alerta. Par la lucarne éclairée d'un cabanon voisin, on distinguait le corps nu d'une femme allongée.
Oh ! Ce n'était pas "la plus belle ", elle faisait courte et trapue comme le sont souvent les valenciennes mais sa tignasse noire éclaboussait la chair bronzée.
Soudain, de son puissant organe, notre hôte entamma la Malaguena ce qui eut pour effet de réveiller des voisins mécontents; le temps de le faire taire que la dormeuse, prestement, avait tiré son rideau et éteint sa lumière.
Le Cap c'est aussi, bien entendu, son phare qui ne se lasse pas, la nuit, de souligner l'horizon.

mais aussi sa Dame dont je n'ai fait la connaissance qu'il y a peu, au cap Brun près de Toulon où des courageux l'ont rapatriée.
