Petits pêcheurs de Méditerranée


Samedi 7 février 2009



 

 

La Moraille

 

°°°

           

            Ce matin là, par dessus tout, je tenais à éviter Tarambana ; d’ailleurs je l’apercevais au loin, du côté du Chameau avec son chapeau bizarre sur le crâne.

            La fois où, entre lui et mon oncle pêchant la vidriade je m’escrimais, sans succès, à prendre un de ces petits traits noirs qui se précipitaient sur les boulettes de brometje, José avait proféré avec dédain :

- C’est que de la moraille...

            Je connaissais bien le mot. Le soir sur la place Noiseux d’Eckmühl, quand nous les petits faisions trop de bruit, il arrivait qu’un vieux assis à prendre le frais devant sa porte, nous lance :

- Hé la moraille !... Vous allez la f... un peu qu’on s’entende !

 

            L’attitude de Tarambana m'avait fait logiquement lui demander :

- C’est pas un poisson bon à manger ?

- La moraille c’est pas un seul poisson... C’est les tous petits de l’ensemble des autres poissons et il en faudrait trop pour faire un plat.. D’ailleurs c’est que des arêtes et ils ont une trop petite bouche pour qu’on puisse les prendre... Peut-être à la pasta !

            Pépico m’avait montré comment utiliser cette esche en roulant, du pouce et de l’index, un morceau sur l’hameçon pour en faire un ballonnet, une sorte de petit ballon de rugby blanc mais ça ne marchait pas... Ou bien je laissais la moraille s’empiffrer et remontais l’hameçon nu, ou bien, quand j’apercevais l’essaim bien regroupé sur l’appât, que le bouchon faisait la danse de Saint Guy, je ferrais un grand coup !...Pour  voir ensuite les morceaux de mon amorce éclatée descendre vers des bouches les attendant un peu plus bas.

            Quant au ferrage, n’en parlons pas !

            Pour n’éborgner Pépico ou José j’en étais réduite à ne ferrer que vers le haut et, avec mes petits bras et la lourde canne, ça manquait de spontanéité... Alors que mon oncle mais aussi Tarambana tenaient la leur en bout et d’une seule main, ferrant avec élégance et précision, tantôt vers la droite tantôt vers la gauche, suivant la direction que prenait le bouchon.

            Je décidais d’arrêter de pêcher me promettant de m’entraîner plus tard mais afin de préparer l’avenir je proclamais à forte voix :

- Cette canne !... Elle est beaucoup trop lourde pour moi...

 

            Aujourd’hui je l’ai ma canne légère et dans mon sarnatcho une ligne au tout petit hameçon avec aussi une boulette de bonne pasta piochée dans la réserve de Pépico et même un morceau de jute pour tenir mes futures prises à l’abri du soleil..., il ne me manque que le chapeau de paille sans la vue duquel Janette eut fait une crise d’apoplexie.

            Voilà qui est fait !

            Bien entendu je me rends sagement aux rochers bisons mais vers le plus grand et le plus éloigné, celui tournant sa face vers le large. Vers moi le dos musculeux rappelle étonnamment la bête avec une queue de varech trempant dans l’eau et l’arc de sa colonne qui m’offre un escalier commode. C’est incontestablement le chef du troupeau, il se nommera désormais le Roi Bison !

 

            Arrivée au sommet de Roi Bison m’attend un siège, une protubérance issue de la roche et pouvant simuler la bosse graisseuse dont ces animaux sont dotés ; celle qu’il fallait viser pour toucher le coeur selon Buffalo Bill.

            La ressemblance s’arrête là et je m’assois pour aussitôt, dans un petit creux d’eau à mes pieds, déposer un quignon de pain sec à ramollir ; je n’ai pas voulu me servir du brometje de Pépico... Puis j’entreprends de fixer ma ligne à la canne, ce qui ne fait aucune difficulté ; enfin je regarde devant moi l’eau bleue, ou plutôt les quelques mètres carrés d’eau uniformément bleue à cette heure, qui vont être le théâtre de mes combats.

            L’impression de profondeur est trompeuse car sur ma droite, un haut fond accrocheur est à éviter. Pour l’instant pas la moindre moraille en vue mais j’ai d’abord à répéter mes mouvements de canne et mes ferrages que j’ai longuement travaillés la veille depuis la véranda... C’est parfait ! Le plus surprenant c’est que lorsque mes plomb et hameçon nu frappent l’eau et commencent à s’enfoncer, une escadrille de traits noirs surgit de la profondeur pour bientôt, déçue du manque d’aubaine, retourner à ses abysses...

            Il est temps de passer aux choses sérieuses.

            Pour commencer, de la main gauche je triture un morceau du pain mouillé et l’expédie à l’eau au pied de Roi Bison. C’est un succès immédiat, la moraille accourt de partout... Calmement, de ma main droite je roule une minuscule boulette de pasta que j’enfile sur la seule pointe de mon petit hameçon. Il ne reste plus, d’une souple impulsion de ma canne, qu’à envoyer la ligne à l’eau.

 

            A peine la boulette blanche s’est-elle enfoncée que des escadrilles de moraille accourent, l’enferment et lorsque le bouchon trouve enfin son assise je peux constater qu’il ne reste rien à l’hameçon.

            Qu’à cela ne tienne, je recommence...

            Dès que je vois l’essaim de la moraille regroupé sur mon appât, je délivre un ferrage court et nerveux du bout de la canne... Et le miracle s’accomplit !...D’abord un éclair argent fait éclater l’essaim qui s’égaie ensuite en autant de scintillements. Puis c’est la sensation étrange communiquée par la canne dans la main, l’avant bras puis l’épaule de ce petit morceau de vie qui résiste farouchement... On aime ou pas mais dès qu’on est vacciné à ça, on reste pêcheur pour la vie.

            Pour l’instant ce qui m’importe c’est d’avoir mon poisson. A peine extrait de l’eau il soubresaute doublement, la pointe de la canne se courbe et tressaute encore plus. Ma maîtrise du matériel est telle que la bête vient se loger naturellement dans ma main gauche mais à peine saisie elle m’expédie sur le chemisier une giclée verdâtre issue de son anus...

            Qu’importe ! A l’avenir je m’efforcerai d’orienter différemment son abdomen...

            Sans peine je décroche mon petit hameçon de la lèvre de ma capture et dépose cette dernière dans le sarnatcho. Elle s’agite encore mais je peux la détailler : son corps est allongé, fuselé et totalement argenté mais ce qui frappe ce sont deux immenses yeux ronds dont les dernières lueurs semblent chargées de reproche...

            Une "bogue" me dira plus tard José.

            Comme vous vous en doutez, je ne m’attarde pas dans ma contemplation. L’écran liquide va s’ouvrir régulièrement pour me livrer, d’autres bogues surtout mais aussi des poissons différents. J’en arrive à douter d’être éveillée tant les prises sont constantes et mon art sans défaut. Je ne vois que les quelques mètres d’eau à mes pieds alors que sur ma droite la barre sombre du cap Roux sert d’assise à la Montagne des Lions ; qu’à ma gauche, s’élevant au-dessus du port surplombe Santa Cruz !... Que Tarambana pêche à deux cents mètres de moi !

            Et soudain il est là, tout proche sur le Roi Bison...

 

- C’est pas toi qu’à pêché tout ça ? dit-il d’une voix sceptique où perce un certain dépit.

- Qui veux-tu que ça soit d’autre ?

- Montre-moi comme tu fais....

            Sous le coup de l’émotion ou plutôt de la peine que me cause le doute de José, je roule une trop grosse boulette de pasta et envoie la ligne sur la droite où le haut fond a vite fait d’accrocher. Je me désunis et tire à tous bras malgré les conseils de modération de mon voisin :

- Roca ! Roca !... Laisse aller, donne du mou...

           Et moi comme une grande sotte je donne un grand coup et casse. Il est bon de noter qu'involontairement j’avais tu mes secrets de pêche ce qui me vaudra la notoriété durable de " la Champion de la Moraille " ; vous remarquerez le masculin.

 

            Tarambana qui a saisi la ligne regarde l’endroit de la cassure :

- C’est pas un noeud comme y faut que t’avais fait !

- Tu m’apprendras, dis ?... Et puis tu me diras le nom des poissons que j’ai pris ?

- Descendons, en bas on sera mieux.

            Sur la table d’un rocher plat il renverse mon sarnatcho ; quelques poissons sautent encore. José les regroupe rapidement puis :

- Celle-la s’appelle une bogue, elle traîne un peu partout et mange tout ce qu’elle trouve...Y en a des tapées près des égouts mais bien nettoyée et frite à roussir, moi j’adore..., je ne jette que la tête.

            Il poursuit :

- Là, tu reconnais de petites vidriades... Les jaunes dodues c’est des salpas, ce sont les plus dures à prendre... Tiens, celle-là, on dirait une bogue mais si tu regardes la bouche...

            Effectivement le poisson est particulièrement lippu et a de petits yeux :

- On l’appelle ou bien lissa ou bien mulet, il est meilleur que la bogue mais a tendance aussi à aller traîner partout...

- Et l’autre là, on dirait une vidriade ?

            Je désigne un poisson argenté, à la queue largement barrée de noir mais aux reflets bleutés avec un corps plus allongé.

- C’est un oblade ou doblade... Quand elles sont très grosses, d’une livre et plus, on les appelle des spargateras !

- Des espadrilles ?

- Ouais !... Tu vois là-bas ce grand rocher qui fait la séparation entre nous et la Tejera ?... On l’appelle la pointe aux oblades, on y prend les grosses quand la mer est forte.

- T’yas déjà été ?

- Ouais !... Pas facile pour arriver jusque là... Mais c’est pas tout ça, faut nettoyer le poisson ; tiens regarde !

            Les deux pieds dans une flaque et se servant du rocher plat comme étal, il entreprend de racler les écailles d’une bogue à l’aide de son petit canif.

            Il rince le poisson.

            Le saisissant alors de la main gauche, avec le pouce et l’index droits qu’il glisse sous les opercules, d’une traction brusque il détache toutes les entrailles de la bête.

            Il rince.

            Il dépose ensuite la bogue dans le sarnatcho non sans avoir, préalablement, étendu une litière d’algues au fond du panier.

            Puis il me tend le couteau :

- A toi !...

            Cette fois je ne me défile pas et m’applique si bien que Tarambana ne trouve rien à dire sinon :

- Tu es un sacré casuelo (champion) à la pêche... Je te fais cadeau de mon canif, j’en ai un autre... Maintenant je vais prévenir ta tante que tu amènes le repas...

            Et il part me laissant avec ma montagne de petits poissons à nettoyer. Je suis si fière et si heureuse que la tâche, malgré les piqûres, ne me rebute pas. Je ne me lasse pas de contempler chacun des poissons avant de le déposer sur le lit de varech... J’imagine l’émerveillement et les exclamations de joie de Janette qui doit m’attendre impatiemment au cabanon... 

 

            Effectivement ma tante m’attend, un certain sourire flottant sur son doux visage. C’est à peine si elle jette un coup d’oeil au sarnatcho que je lui présente...

- Il est bien tard, Amélia, il faut vite que tu fasses frire tes poissons !

- Mais... Mais je suis fatiguée moi !... Et puis je sais pas faire !

- Je vais te montrer : sur la table se trouve l’assiette avec la farine, tu m’as déjà vu faire..., sur le canoun la grande poêle a son huile toute chaude ..., il ne te reste plus qu’à essorer les poissons avec ce torchon...

            Sans grand espoir, je tente un combat d’arrière garde car j’ai le sentiment d’une profonde injustice :

- Pépico, jamais il fait cuire sa pêche !

- D’abord Tonton c’est un homme et il a travaillé dur toute la semaine... La règle c’est que chaque fois que tu amèneras du poisson à la maison, il sera nettoyé et tu devras le faire frire... A toi de t’arranger.

 

 

 

Par José
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Samedi 7 février 2009




Le Sussex

 

°°°

 

            L’après midi même de la capture de la grosse vidriade, à peine réveillé de sa sieste, Pépico me demande de le rejoindre dans la véranda.

            Là, il tient verticalement entre ses gros doigts le frêle fût d’une canne d’à peine deux fois ma hauteur :

- C’est pour toi lâche-t-il sobrement.

            Dès cet instant je sens que cette cagna et moi allions faire de grandes choses...

- Et ça aussi.

            Un adorable petit sarnatcho avec, déjà dedans, un aparejo portant sa ligne complète...

            Janette arrivée sur ces entrefaites ne peut s’empêcher d’intervenir :

- C’est pas pour qu’elle aille toute seule, hein ?

- Juste là en bas ... D’ici tu la vois à tous moments... J’ai pu mesurer combien Amélia était attentive et précautionneuse...

- Comme tu veux mais moi je ne vivrais pas...

            Elle devait très bien se faire à mes parties de pêche qu’elle pouvait épier de son perchoir alors que j’aurais très bien pu vouloir rejoindre les autres gamins dans des cache-caches au milieu des lentisques et des roseaux sauvages.

            Afin de clore la contestation mon oncle se détourne vers son grand tiroir aux trésors déjà posé sur la table. Il me tend un vieil étui d’aspirine en aluminium :

- Là dedans je t’ai mis des hameçons avec du talc et des plaquettes de plomb... Tu auras soin de t’installer bien à plat quand tu voudras prendre un hameçon...

- C’est des petits les hameçons ?... Tu m’apprends à les attacher ?

            Avec une réactivité étonnante chez un si gros et si vieil homme, Pépico saisit une fourchette, le tablier de cuisine de Janette et s’assoit à la grande table :

- Regarde moi tout faire une fois et ensuite on reprendra lentement.

            Animées comme des marionnettes par les grosses paluches du Bombardier de la Calère, la fourchette et la bride du tablier se livrent à un duel sans merci qui se termine à l’avantage de la bride, en torons réguliers étranglant la queue de la fourchette. La magie de l’instant est gâchée par ma tante :

- Vous n’avez pas mieux que mon tablier ? ...Tenez !

            Elle nous tend une pelote de grosse ficelle somme toute plus commode.

- Tonton je crois que j’ai pigé... Laisse-moi faire.

             Il me faut trois tentatives pour étrangler solidement la queue de la fourchette mais quand j’en viens aux hameçons, au plus petit des hameçons avec le lien ténu d’un nylon arachnéen et que je parviens à réussir ma ligature..., mon oncle est depuis longtemps parti pour sa pêche de l’après midi.

            J’ai ma petite idée en recherchant un montage aussi fin et je m’empresse de le rabouter sur la ligne de mon aparejo ; seulement le noeud que j’utilise n’a rien de réglementaire et j’en subirais les conséquences en son temps.

           

            Je prends conscience qu’à travers mes évocations ma tante apparaît souvent ridicule ou tout au moins gnognotte... C’est vrai que ma " mutation de sexe " est déjà bien avancée et que dans un univers machiste comme le nôtre un tel comportement n’a rien d’inhabituel.

            Au vrai j’ai toujours eu un grand besoin de Janette sans laquelle mes premières années auraient été bien sombres. Elle est la Bonté même et j’ai mis une majuscule au mot pour bien dire que c’est une bonté de la qualité n°1 !

            Cependant, avant de quitter ce chapitre, laissez-moi encore la charrier gentiment.

 

            Sur le côté du cabanon  servant de frontière avec celui des Ascencio un étroit passage conduisait à la source que nous partagions avec les voisins. Celui qui voulait l’eau tirait le bout de tuyau de son côté, puis le remettait dans la rigole évacuant le courant vers les cabanons du bas. Dans ce boyau toujours frais, un parterre de fleurs délicates se reproduisaient naturellement : gueules de loup, soucis, cosmos, pavots, glaïeuls... C’est là que nous entreposions la nourriture fragile dans le garde-manger à mailles fines ou bien encore les matériels en retour de pêche : cannes, sarnatchos... Pépico y entreposait, bien bouché, son fameux bidon à fromage pourri ainsi que la pasta qui se conservait  la semaine malgré les nombreux prélèvements que j’y faisais...

            L’autre passage, symétrique, était le domaine de Janette et de son poulailler.

            Ce boyau au sol méticuleusement damé par les volailles était rigoureusement clos par du grillage à l’arrière et devant sur la véranda. Dans le fond quelques caisses superposées, aménagées en couvoir, permettaient la récolte régulière des oeufs mais surtout d’assurer une ou deux couvées renouvelant le cheptel de l’année écoulée.

            C’est ainsi qu’en début de séjour au cabanon, un soir en rentrant de la ville, Pépico ramenait dans deux capassos pas moins de sept à huit poules et un coq. Les bestioles retrouvaient comme si de rien n’était les lieux de leur naissance et le cycle pouvait recommencer ; sauf que cette année le coq était un étranger, d’un inhabituel blanc immaculé...

             Après d’obscures tractations ma tante l’avait obtenu d’un volailler avec la garantie qu’il était Sussex de pure lignée :

- Le Sussex je sais pas où c’est, expliqua Janette mais ce coq là il te fait des poules qui pondent un oeuf tous les jours et des poulets que tu mâches avec la langue.

            Sauf que ce coq, qui ne se sentait pas chez lui, alors qu’aucune autre volaille ne l’avait fait jusque là, s’évadait par le haut non grillagé du poulailler. Oh, il ne s’éloignait guère de son harem, on le retrouvait dans la véranda, s’abreuvant à la source, quémandant dans la cuisine... Janette lui passait tout, y compris de déposer sur les sièges des " souvenirs " que ma barboteuse avait le chic pour venir essuyer :

- Il est tout jeune, plaidait ma tante pour l’excuser.

            C’est vrai qu’il était jeune et on pouvait raisonnablement penser qu’il aurait du mal à tenir son rôle dans les délais habituels :

- Pas une fois je l’ai vu sauter sur une poule, s’inquiétait Pépico.

- D’abord tu parles pas comme ça devant la petite et puis, as-tu entendu comme il chante ?

- Ce serait le matin comme les autres, ce serait pas plus mal... Mais jour et nuit sans arrêts... un jour les voisins vont venir se plaindre ou alors l’attraper et lui tordre le cou...

- Ne dis pas ça de mon pauvre Sussex gémit Janette en s’en allant vérifier si son volatile favori est toujours vivant.

 

            Ce dimanche matin là, avec mon oncle nous avions taquiné la vidriade sans grand succès, malgré les beaux vers que nous avions. Au cours du repas nous étions plutôt moroses :

- Les eaux étaient beaucoup trop claires dis-je à Janette pour nous excuser.

- Par vent d’Est, compléta son mari, on ne prend jamais grand chose...

            A ce moment nous parviennent, depuis la source, des sons inarticulés mais de grande détresse... Malgré sa corpulence ma tante s’extraie d’un bond de son banc en hurlant :

- Mon Sussex !... C’est mon Sussex !

            Nous nous élançons à sa suite pour découvrir le Sussex plaqué au sol , ailes à angles droits, cou tendu en direction de mon bas de ligne dont cet idiot a avalé l’hameçon ; sans doute encore porteur d’un morceau de ver... Il se laisse saisir sans difficulté par Pépico qui décroche l’hameçon... Sans doute un peu trop brutalement au goût de Janette qui s’empare de la bestiole et s’enfuit dans la véranda où nous la retrouvons faisant ingurgiter au coq de la mie de pain trempée dans du vin.

            Sincèrement interloqué mon oncle interroge :

- Tu fais quoi là ?

- Je désinfecte bien sûr... Essaie de lui faire avaler du vin autrement ; c’est comme ça que faisait ma mère quand ses poules avaient la pépie...

            L’incident eu deux conséquences : une bonne et une mauvaise.

            Je commence par la bonne. De ce jour le Sussex ne s’évada plus du poulailler et ne poussa plus son chant la nuit ; ni d’ailleurs à aucun autre moment de la journée ; Janette avait beau le stimuler en émettant des sons de gorge incitatifs, ça n’avait pour effet que de le faire encore plus se prostrer dans un coin du poulailler. Est-ce la cause de cet effet, il se mit à dévorer et prit un aspect rebondi des plus appétissants, mais de cela, seuls le Bombardier et moi nous réjouissions.

            La mauvaise nouvelle c’est que le poulailler ne connut pas en cette fin de séjour l’animation d’une volée piaillante de poussins annonciatrice de la basse-cour de l’année suivante. Le plus triste c’est qu’en fin de séjour, alors que nous avions dévoré toutes les autres volailles et nous apprêtions à clore les vacances en dégustant le magnifique chapon qu’était devenu le Sussex, un matin on le retrouva mort ; dans doute d’indigestion...

 

 

 

 

 

 

 

Par José
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