Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 09:20

 

 

 

 

  La barboteuse


 

Le jour mémorable où je pris mon premier poisson ne devait pas se terminer sans m’apporter une autre satisfaction.

          Au moment d’aller en courses au village, Janette se ravise et me dit :

- Tu vas aller faire les provisions toute seule... Prends un capasso et tiens, voilà cinq francs... Tu demanderas à M.Gallardo des tomates, des poivrons et quelques oignons... Attention à ne pas perdre les sous...

          Je pars chercher le plus petit de nos capassos, ces paniers en soufflet si facile à porter quand ils sont vides mais qui râpent les mollets au retour.

- Tu pourras ensuite rester un peu sur la réplacette mais dès que le soleil passe derrière la falaise, tu rentres..., reprend Janette qui après un bref coup d’oeil à la véranda voisine ajoute :" Je vois que José se prépare, tu n’auras qu’à faire le chemin avec lui."

          Le plaisir que me vaut cette proposition est indicible... Pourvu qu’il ne se défile pas...

          Comprenons nous bien, je suis loin d’être en âge de me préoccuper d’un garçon autrement que comme d’un ami et il suffit de voir mon habillement pour comprendre que je n’ai pas le goût de paraître, comme déjà la plupart des autres filles. Certains dirons que mon accoutrement tout au long de l’été vaut largement, en fantaisie, celui de Tarambana...

          Imaginez une culotte bouffante, une barboteuse comme on en voit sur le livre d’histoire au temps de la Renaissance  quelque soient les mouvements on ne peut apercevoir ce qu’il y a dessous et à partir de là, les parents, sans souci pour votre vertu,  vous autorisent à galoper avec les garçons sans aucune limitation. Aussi j’y tiens à ma culotte bouffante qui en dehors de cet avantage est plutôt hideuse, d’autant qu’avec les cagnettes sur lesquelles je suis perchée... Les sandalettes de cuir et ç’en est terminé pour le bas mais le haut ne désassortit pas le grotesque : une chemise boutonnée ras le cou, avec des manches longues raccourcies aux coudes par des ciseaux ébréchés... Sur le devant, des smocks ou plutôt ce qu’il en reste... ! Pour couronner l’inévitable chapeau, qui consiste ici en une chose en paille tenant par un élastique sous le menton.

           C’est en cet équipage que je vais débarquer avec mon compagnon sur la réplacette ; alors que près du poteau électrique, Lucilla porte une robe fraîche, des souliers avec des socquettes et que ses cheveux en boucles s’ornent de beaux rubans... Mon chevalier servant s’éclipse aussitôt en direction des gradins où ses copains jouent à la tchapa.

 

 

Par José - Publié dans : Les Arpionégros
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