Partager l'article ! Les Arpionégros 11 - Le grand jardin de Gallardo: Le Grand Jardin ...
|
|
Le Grand Jardin
Je me dirige vers l’étroite entrée du grand jardin de M.Gallardo. On dit le Grand Jardin !... Sans doute parce que, la place manquant, les autres cabanons ne peuvent disposer, au mieux que d’un jardinet et que lui s’étend sur trente mètres de long et dix de large. De plus, cette modeste largeur paraît bien plus profonde tant l’habile jardinier a su disposer ses plantations en rideaux successifs utilisant la pente. Deux modestes sentes, parées du nom d’allées, se recoupent perpendiculairement comme dans les plans des anciennes villes romaines... Et comme dans ces villes, à l’intersection on trouve le forum avec le principal monument... En l’occurrence, ici, un solide banc sur lequel se prélassent, dans l’attente du client, Gallardo et son aide Amet.
- T’es de qui toi ? me demande aimablement le vieillard
sans cesser de sucer ce qui semble être un mégot de cigarette.
- C’est la nièce de Pépico, intervient Amet.
- Ah Pépico !... J’oublierai jamais son match contre Kid Mostafa il y a vingt ans de ça...
- Trente ans !
- Tu as raison... Le Kid il était comme une sauterelle, il s’agitait et se démenait mais à une distance telle que ses coups ressemblaient à des caresses et le Bombardier de la Calère ne répliquait pas.
- M.Gallardo ! Qu’est ce que c’est le Bombardier de la Calère ?
Amet réplique le premier :
- C’était le surnom de ton oncle durant sa carrière de boxeur.
Tout à ses souvenirs, le vieux continue de dérouler le match :
- Durant la pause le manager de Kid a du lui demander d’attaquer plus rudement car, dès le début du second round, le voilà à distance normale qui frappe, frappe et Pépico il répond toujours pas... A ce moment on entend le manager du Kid qui gueule ...
Son voisin devance le conteur :
- " Finis les guili guilis...Cogne donc un peu, fainéant ! "
Le vieillard s’insurge :
- Bon, si c’est toi qui racontes, tu peux continuer...
Hilare, Amet d’un geste de la main fait signe à son ami de poursuivre :
- ... En entendant ces mots, le pauvre Kid, tout essoufflé, en laisse tomber les bras... Et aussitôt il s’en reçoit Un sous le menton qui le soulève des quatre fers et l’envoie retomber sur le dos à deux mètres de là... Totalement tchaffé !
- Il... Il était mort ?
- Non, intervient Amet, mais il a fallu une demie heure avant qu’il ne reprenne ses esprits et ton oncle, il a eu tellement peur de l’avoir tué qu’il n’a plus jamais boxé...
- De la dynamite qu’il avait dans le bras Pépico !... De la dynamite !... Tu veux quoi petite ?
- Des tomates, des poivrons et quelques oignons.
- Pour combien tu en veux-tu ?
Je défroisse mon vilain petit billet de cinq francs, Gallardo le reçoit ainsi que le capasso :
- Si on n’est plus là quand tu reviendras, ton panier sera sur le banc à l’entrée.
Mon fournisseur a ceci de particulier qu’il ne cueille les produits qu’après la commande passée, gage de fraîcheur s‘il en est..., et encore faut-il exprimer cette commande en argent et non en poids. L’inconvénient c’est que suivant la situation du potager, on peut se retrouver fourni d’un demi panier de poivrons pour quelques tomates et oignons...
J’avais d’autres intérêts en tête et me dirigeais calmement vers les gradins.