Mercredi 11 février 2009



La rue d'Arzew

Quelle que soit l'estime que nous portions au général Leclerc, nous n'avons jamais pu nous résoudre à appeler notre rue autrement que d'Arzew.
Nous l'avons vu se terminer Place des Victoires avec le "Boulevard", eh bien, regardez la commencer, à presque 2 kms de là, au niveau des grandes Galeries et pour ce qui est de " faire le boulevard, voyez l'affluence sur les trottoirs ...



  A partir de 17h. c'était tous les jours comme ça, été comme hiver... Seules les brutales averses clairsemaient le flux mais il y avait suffisamment de porches, de stores et de passages pour s'abriter et bientôt le flot joyeux reprenait !
Cela ne datait pas de ma génération, voyez ci-dessous celle d'avant-avant au même endroit !





... Et moi Tarambana j'ai grandi juste au milieu de tout ça ! 

En ce même croisement avec le bd Séguin, l'immeuble à côté de chez Bata est devenu l'hôtel Winsor.   Et Storto habille toujours bien.






L'immeuble des Galeries de France ???



 



Notre petit appartement se trouvait pratiquement au milieu de la rue d'Arzew, à hauteur de l'école Jules Renard. Mon goût pour l'Histoire et les Beaux Arts vient sans doute en partie des fresques imitées des Jean Goujon dont on décora ses murs alors que j'étais enfant.










 


photos récentes, on voit le Rialto.

On les voit toujours, de même que le nom de Jules Renard dont on sait qu'il fut un écrivain caustique et irrévérencieux, une sorte de Cabu avec des caricatures en mots ... Est-ce innocent ou voulu que le régime ait conservé le souvenir de ce français là ? Un peu plus à droite, vous apercevez un immeuble de 5 étages, en 1948 c'était pour moi l'un des buildings de la ville.





Eh bien, juste en face, au premier étage , se trouvait la fenêtre de notre petit appartement, au-dessus du store bleu).



 

 


L'immeuble faisait l'angle avec la rue Pélissier par laquelle nous entrions; un peu plus bas se trouvait la rue de la Bastille dont je parlerai bientôt.

Revenez à la 1ère photo, c'est à l'endroit où se trouve la personne voilée que j'ai le souvenir d'avoir vu pour la dernière fois Germain vociférant contre des "niches à poux" encouragé qu'il était par quelques adolescents hilares ... C'est aussi à ce niveau que je me souviens d'avoir admiré " la plus belle" encore plus belle, bras dessus bras dessous avec une faire valoir... Mais ceci est une autre histoire où plutôt d'une autre rue, d'une autre place.

En face c'était le magasin de jouets Gibal ou avec le fils de la maison, nous  avons testé pas mal de jouets avant le consommateur final. A toucher l'immeuble de 5 étages, c'était le magasin Radiola qui avait en permanence un ludion dans la vitrine et à côté une quincaillerie où j'achetais mes articles de pêche.

En dessous de mon balcon se trouvait Aboab le fourreur dont le fils, dans la cour du patio à ciel ouvert de l'immeuble, à mains nues, sur de drôles de formes façonnait le feutre des élégants chapeaux de ses vitrines. Puis il y avait un opticien suivi d'un autre marchand de jouets puis un magasin de turon avec, mitoyen, un couloir d'immeuble que nous dégradions sans scrupules car il recelait une mine de "soufres" pour nos parties de pignols.


Ceux de ma génération sont passés tant et tant de fois devant ces enseignes que leur évocation ne peut pas les laisser indifférents.Comme par exemple celle du Clichy, le bar emblématique de la rue.







Et un peu plus bas dans la rue de l'Artillerie, le cinéma Colisée où je vis mon premier film à épisodes: "Dick Tracy à la poursuite du crime" !



En diagonale de ce croisement, l'immense cinéma Régent dans lequel nous attendions, maintenus dans l'obscurité, les premières mesures de "One, Two, Three o'clock rock " qui lançait le film Graine de violence en même temps que le Rock and Roll .



 



A partir de ce croisement, sur le côté des n° impairs, commençaient des arcades qui se dérouleraient sur 6/7oo mètres jusqu'à et au-delà de la place des Victoires.











     Ce qui rendait ma rue inégalable parmi les autres rues, boulevards et avenues d'Oran, c'était son mouvement perpétuel, qui enflait à certains moments comme celui du" boulevard" mais ne cessait vraiment à aucun moment de la journée et de la nuit.
    Je ne parle pas seulement des êtres vivants mais aussi des véhicules; quand on disposait d'une voiture, quoi de plus jubilatoire que de descendre le"boulevard" lentement, glaces baissées, de se faire remarquer des lolitas puis d'aller vite se garer pour venir, à pieds, compléter le travail !


 


    Pendant plusieurs années, le plus fantastique, sympathique et familier de ces véhicules a été le TRAMWAY. Voyez son allure; ne vous rappelle-t-il pas ceux qu'on peut encore voir en Amérique latine ou à San Franisco? Brinquebalant et se traînant avec des grappes humaines accrochées aux portières?


 

    Eh bien, c'était exactement cela avec en plus le bruit de jolata,de ferrailles qu'on traîne mais que malgré la proximité de ma chambre je ne percevais plus, sauf peut-être parfois dans le petit matin.
    On les remplaça par les trolleybus, souples et discrets. Les pavés de la rue furent recouverts de macadam mais ce qu'on gagna en silence,on le perdit certainement en ambiance de fête permanente.



 

    Notons qu'il ne fallait pas à nos anciens des années et d'énormes budgets pour installer leurs lignes de tramways.    

Par José - Publié dans : oran jadis
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