Le plus ancien, le casino de Bastrana, se trouvait à la Marine,
du côté de la Vieille Mosquée semble-t-il.

Il y avait ensuite celui de Canastel,
si splendidement situé.

Il y en avait un 3ème, à Bouisseville,
que mon grand père paternel avait créé,
pour son plus grand malheur.
Le restaurant de Bouisseville connaissait une notoriété dépassant les limites d'Oran, grâce aux talents de cuisinier d'Auguste et de ses deux fils ( la seule chose qu'ils m'aient laissé en héritage, avec aussi le manque total du sens des affaires).
Le restaurant descendait en terrasses jusque sur le sable;

On y servait parfois plusieurs centaines de couverts.
Fallut-il qu'une connaissance, un certain M.X, s'en vint suggérer d'associer un Casino qu'il se faisait fort de lancer en tant que Maître des Jeux.
Dans l'enthousiasme les propriétaires firent surgirent un bâtiment, l'équipèrent ... Il ne restait qu'à le lancer.
C'est là que M.X montra (pour ne pas dire pire), qu'il ne connaissait rien du métier de Maitre des Jeux: en quelques jours, face à un groupe de joueurs expérimentés et riches, le Casino ne cessa de perdre.
M.X refusa de fermer la banque des tables perdantes, de les mettre en deuil comme cela se devait.
On n'avait pas les moyens de rembourser les jetons que les gagnants allèrent perdre (pour ne pas dire pire) à Canastel, qui ne manqua pas l'occasion de ruiner son concurent.
Je n'étais pas né.
Un des rares souvenirs que j'ai d'Auguste c'est, assis sur une chaise accotée à l'entrée du marché d'Eckmuhl
où on lui avait procuré un emploi de gardien, ce vieillard décharné et figé, ce Commandeur qui ne détournait pas le regard vers l'enfant qu'on poussait à venir l'embrasser.
Je l'ai revu une dernière fois dans son minuscule appartement de la rue Deligny, pas plus décharné ni figé, pas plus Commandeur que lorsqu'il était vivant.
Je viens de trouver cette photo récente intitulée " Casino de Bouisseville". C'est elle qui m'a donné l'idée de l'article.
Après le départ de ma famille, il s'est appelé "Paradis Plage" mais je n'ai jamais eu le désir d'aller le voir de plus près.
par José
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oran jadis