La Moraille
On pêche la moraille lorsqu'on est en culottes courtes et qu'il importe avant tout d'arracher un poisson de l'eau au lieu d'attendre patiemment ou bien ...
... ou bien , parce que les eaux s'éclaircissant, il n'y a plus grand espoir de toucher une belle pièce et on veut se rattraper sur les petites ...
Rattraper ! Rattraper ! ...
Encore faut-il qu'ils veuillent bien ou, pour le moins, qu'on connaisse bien cette pêche pour y avoir excellé étant morveux (mocosso).
La Moraille c'est l'ensemble des poissons qui résident au rivage ou y viennent régulièrement MAIS LORSQU'ILS SONT BABY !
Il y a dans la moraille les petits des sars, de l'oblade, de la saupe, du marbré, du mulet ... Il y a aussi les girelles, les labres, les castagnoles et les gabots ... Mais la prise par
excellence de la moraille, c'est la Bogue ... Aussi lui consacrerai-je un article en particulier.
Sinon, la petite 3 mètres habituelle, hameçons 16/18, fil 12/14, petit bouchon toupie, pate ... appâter léger mais régulièrement (mie bien écrasée avec du sable).
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...Aujourd’hui je l’ai ma canne légère et dans mon sarnatcho une ligne au tout petit hameçon avec aussi une boulette de bonne pasta piochée dans la réserve de Pépico et même un morceau de jute pour tenir mes futures prises à l’abri du soleil..., il ne me manque que le chapeau de paille sans la vue duquel Janette eut fait une crise d’apoplexie.
Voilà qui est fait !
Bien entendu je me rends sagement aux rochers bisons mais vers le plus grand et le plus éloigné, celui tournant sa face vers le large. Vers moi le dos musculeux rappelle étonnamment la bête avec une queue de varech trempant dans l’eau et l’arc de sa colonne qui m’offre un escalier commode. C’est incontestablement le chef du troupeau, il se nommera désormais le Roi Bison !
Arrivée au sommet de Roi Bison m’attend un siège, une protubérance issue de la roche et pouvant simuler la bosse graisseuse dont ces animaux sont dotés ; celle qu’il fallait viser pour
toucher le coeur selon Buffalo Bill.
La ressemblance s’arrête là et je m’assoie pour aussitôt, dans un petit creux d’eau à mes pieds, déposer un quignon de pain sec à ramollir ; je n’ai pas voulu me servir du brometje de Pépico... Puis j’entreprends de fixer ma ligne à la canne, ce qui ne fait aucune difficulté ; enfin je regarde devant moi l’eau bleue, ou plutôt les quelques mètres carrés d’eau uniformément bleue à cette heure, qui vont être le théâtre de mes combats.
L’impression de profondeur est trompeuse car sur ma droite, un haut fond accrocheur est à éviter. Pour l’instant pas la moindre moraille en vue mais
j’ai d’abord à répéter mes mouvements de canne et mes ferrages que j’ai longuement travaillés la veille depuis la véranda... C’est parfait ! Le plus surprenant c’est que lorsque mes plomb et
hameçon nu frappent l’eau et commencent à s’enfoncer, une escadrille de traits noirs surgit de la profondeur pour bientôt, déçue du manque d’aubaine, retourner à ses abysses... "
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